La Pyrite, ou la perfection comme accident

A close-up of a graceful bronze sculpture catching soft Parisian light.
A close-up of a graceful bronze sculpture catching soft Parisian light.

Bronze detail.

La pyrite ne cherche pas à être belle. Elle obéit à des lois cristallographiques d'une précision absolue, indifférente à l'effet qu'elle produit sur celui qui la regarde. Et pourtant, cet effet est réel, immédiat, presque troublant. Nous reconnaissons dans ses faces planes, ses arêtes nettes, ses angles droits, quelque chose que nous avons nous-mêmes produit : l'équerre, le cube, le module. Nous comprenons, avec une légère stupeur, que nous n'en sommes pas les inventeurs. Nous en sommes les observateurs tardifs.

C'est depuis cette stupeur que je travaille. Non pas pour reproduire le minéral, car une telle ambition serait vaine, mais pour en extraire le principe formel et le soumettre à une autre logique : celle de la main, du volume, de la lumière dans l'espace. Mes sculptures ne sont pas des pyrites agrandies. Ce sont des réponses à la pyrite. Des propositions formelles qui reconnaissent, dans la géométrie minérale, un langage antérieur au nôtre, et qui tentent d'y répondre avec les moyens du design et de la sculpture contemporaine.

La série s'est construite lentement, par accumulation et par élimination. Les premières pièces exploraient la répétition du module cubique, ses empilements, ses décalages, ses ruptures. Puis vint la décision de travailler non plus sur la répétition mais sur la tension : entre la face lisse et la face brisée, entre la régularité attendue et l'irrégularité assumée. C'est dans cet espace, entre ce que le cristal promet et ce qu'il tient vraiment, que mes sculptures actuelles trouvent leur équilibre.

Les matériaux ont évolué avec la série. Le bois, d'abord, pour sa capacité à recevoir le volume sans imposer sa propre texture. Puis le thermopolymère, dont la neutralité absolue permet à la forme de s'exprimer sans concurrence. Sur ces supports, un médium composite : poudres minérales, liants saturés de pigments purs, appliqués en couches successives, poncés, repris, jusqu'à obtenir une surface qui évoque la matière géologique sans la singer. Une surface qui a sa propre mémoire.

Les pièces de la série Pyrite existent en plusieurs formats : sculptures murales qui dialoguent avec l'architecture, volumes de sol qui structurent un espace, pièces de table qui invitent à l'observation rapprochée. Chacune est une édition limitée ou une pièce unique, et chacune fait partie d'un même système formel : un vocabulaire cohérent que l'on reconnaît d'une pièce à l'autre, quelle que soit l'échelle.

Plusieurs de ces œuvres font désormais partie de collections privées en France, en Belgique, en Suisse et aux États-Unis. Elles ont également engendré une famille de mobilier : tables, consoles, structures de lumière, dont les volumes structurels sont directement issus du travail sur la pyrite. Comme si le minéral, après avoir dicté une sculpture, continuait à dicter les objets qui l'entourent.

Il existe des minéraux qui semblent avoir été conçus par quelqu'un. La pyrite en fait partie. Ses cubes presque parfaits, sa surface métallique, son improbable régularité au sein du désordre géologique : tout, dans ce minéral, donne l'impression d'une intention. C'est cette impression, et ce qu'elle révèle sur notre rapport à la forme, qui est au cœur de mon travail depuis 2018.