IX. Transmettre

IX. Transmettre
Temps de lecture: 3 min
Mais certaines pièces dépassent ce que je peux faire seul. Le marbre, le verre, le bronze demandent des machines, de grands ateliers, et surtout un savoir-faire que je n'ai pas. On dit souvent qu'il faut dix ans pour être un bon artisan, mais en réalité l'apprentissage ne s'arrête jamais. Ce que chaque artisan entretient avec sa matière, c'est une relation que je ne peux qu'approcher de l'extérieur. Le bois se dilate, résiste, répond à l'outil d'une façon qui ne se lit pas dans les plans.
C'est là que la transmission commence. En général, je conçois mes pièces par un croquis rapide dans un cahier, puis je développe le modèle sur logiciel 3D. Une fois finalisé, je montre les visuels et une maquette aux artisans, et l'on discute des points techniques à régler. Le type de charnière pour une porte, un renforcement particulier, une faisabilité à vérifier. Ce sont des décisions qui demandent une concertation avec celui qui va réaliser la pièce, pas des directives qu'on impose depuis un bureau. Il ne m'est jamais arrivé d'essuyer un refus technique. Les artisans d'exception avec lesquels je travaille ont une maîtrise de leur matière qui leur permet de repousser des contraintes qu'elle imposerait à d'autres.
Je fabrique moi-même certaines pièces. Certains lampadaires Pyrite, par exemple, ont été presque entièrement réalisés à l'atelier : la conception, la fabrication des cubes, la marqueterie de paille. Seuls les socles en marbre et les abat-jour ont été confiés à des artisans, selon mes plans. J'ai procédé au montage final. Fabriquer soi-même, c'est comprendre depuis l'intérieur ce que signifie travailler la matière de ses propres mains.
" C'est pendant la réalisation, quand l'artisan est seul avec la matière, loin de mes instructions, et qu'il doit décider. C'est là que la transmission a lieu."
Une fois la pièce en production, je prends des nouvelles régulièrement. Je ne surveille pas, c'est plutôt que j'aime voir la pièce naître de leurs mains. Leur savoir-faire me fascine. J'aime passer du temps dans leurs ateliers, regarder le travail avancer, particulièrement celui des ébénistes dont le rapport au bois a quelque chose qui me touche à chaque fois.
Ce que j'imagine et ce qui est réellement faisable ne coïncident pas toujours, pas par manque de compétence, ni de mon côté ni du leur, mais parce que la matière a ses propres lois. Ces lois se découvrent dans le faire, pas dans le dessin. Le moment le plus critique n'est pas la remise des plans ni la livraison de la pièce finie. C'est pendant la réalisation, quand l'artisan est seul avec la matière, loin de mes instructions, et qu'il doit décider. C'est là que la transmission a lieu.


Temps de lecture: 3 min
Mais certaines pièces dépassent ce que je peux faire seul. Le marbre, le verre, le bronze demandent des machines, de grands ateliers, et surtout un savoir-faire que je n'ai pas. On dit souvent qu'il faut dix ans pour être un bon artisan, mais en réalité l'apprentissage ne s'arrête jamais. Ce que chaque artisan entretient avec sa matière, c'est une relation que je ne peux qu'approcher de l'extérieur. Le bois se dilate, résiste, répond à l'outil d'une façon qui ne se lit pas dans les plans.
C'est là que la transmission commence. En général, je conçois mes pièces par un croquis rapide dans un cahier, puis je développe le modèle sur logiciel 3D. Une fois finalisé, je montre les visuels et une maquette aux artisans, et l'on discute des points techniques à régler. Le type de charnière pour une porte, un renforcement particulier, une faisabilité à vérifier. Ce sont des décisions qui demandent une concertation avec celui qui va réaliser la pièce, pas des directives qu'on impose depuis un bureau. Il ne m'est jamais arrivé d'essuyer un refus technique. Les artisans d'exception avec lesquels je travaille ont une maîtrise de leur matière qui leur permet de repousser des contraintes qu'elle imposerait à d'autres.
Je fabrique moi-même certaines pièces. Certains lampadaires Pyrite, par exemple, ont été presque entièrement réalisés à l'atelier : la conception, la fabrication des cubes, la marqueterie de paille. Seuls les socles en marbre et les abat-jour ont été confiés à des artisans, selon mes plans. J'ai procédé au montage final. Fabriquer soi-même, c'est comprendre depuis l'intérieur ce que signifie travailler la matière de ses propres mains.
" C'est pendant la réalisation, quand l'artisan est seul avec la matière, loin de mes instructions, et qu'il doit décider. C'est là que la transmission a lieu."
Une fois la pièce en production, je prends des nouvelles régulièrement. Je ne surveille pas, c'est plutôt que j'aime voir la pièce naître de leurs mains. Leur savoir-faire me fascine. J'aime passer du temps dans leurs ateliers, regarder le travail avancer, particulièrement celui des ébénistes dont le rapport au bois a quelque chose qui me touche à chaque fois.
Ce que j'imagine et ce qui est réellement faisable ne coïncident pas toujours, pas par manque de compétence, ni de mon côté ni du leur, mais parce que la matière a ses propres lois. Ces lois se découvrent dans le faire, pas dans le dessin. Le moment le plus critique n'est pas la remise des plans ni la livraison de la pièce finie. C'est pendant la réalisation, quand l'artisan est seul avec la matière, loin de mes instructions, et qu'il doit décider. C'est là que la transmission a lieu.


