XI. hapax. L'objet qui ne peut appartenir qu'à vous

XI. hapax. L'objet qui ne peut appartenir qu'à vous
Temps de lecture: 2 min
Chaque vie est une accumulation singulière. Pas seulement au sens philosophique, au sens concret, presque inventoriable. Un voyage qui a changé la façon de voir la vie, une maison d'enfance dont on retrouve parfois l'odeur sans prévenir, une œuvre croisée par hasard qui a déplacé quelque chose de profond, un objet auquel on tient et qui nous rattache à quelqu'un qui n'est plus là. Toute cette matière, irréductible, que chacun porte sans forcément la formuler.
hapax part de cette matière. Pas pour l'illustrer, ce serait se tromper entièrement de registre. Mais pour la laisser agir sur la forme, les proportions, les matériaux, la façon dont une pièce occupe l'espace.
En linguistique, un hapax est un mot qui n'apparaît qu'une seule fois dans toute l'histoire d'une langue. On ne peut ni le comparer ni le vérifier par récurrence. Ce n'est pas un mot rare, c'est un mot unique.
" Ce que je cherche, c'est que le propriétaire reconnaisse quelque chose dans la pièce avant de pouvoir l'expliquer."
Le processus commence par une conversation, ouverte, sans ordre du jour. Je ne suis ni thérapeute ni biographe, mais certaines choses qu'on dit, dans une conversation qui dure, ont une densité particulière : elles appellent une réponse qui n'est pas un mot mais une forme. Un questionnaire approfondi prend le relais, il explore ce qui a formé la personne, ce qui l'habite, ce qui l'a traversée. Certaines questions peuvent sembler inhabituelles. C'est intentionnel.
De cette écoute naît un travail de traduction, pas d'illustration. Une vie marquée par la rigueur et la rupture ne devient pas une pièce géométrique avec une fissure. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Elle peut devenir, parmi d'autres possibilités, une structure de précision absolue dont la surface porte quelque chose d'indéfinissable.
Ce que je cherche, c'est que le propriétaire reconnaisse quelque chose dans la pièce avant de pouvoir l'expliquer. Quelque chose dans les proportions, dans la matière, dans la façon dont elle occupe l'espace, qui correspond à quelque chose qu'il porte et qu'il n'aurait pas su formuler.


Temps de lecture: 2 min
Chaque vie est une accumulation singulière. Pas seulement au sens philosophique, au sens concret, presque inventoriable. Un voyage qui a changé la façon de voir la vie, une maison d'enfance dont on retrouve parfois l'odeur sans prévenir, une œuvre croisée par hasard qui a déplacé quelque chose de profond, un objet auquel on tient et qui nous rattache à quelqu'un qui n'est plus là. Toute cette matière, irréductible, que chacun porte sans forcément la formuler.
hapax part de cette matière. Pas pour l'illustrer, ce serait se tromper entièrement de registre. Mais pour la laisser agir sur la forme, les proportions, les matériaux, la façon dont une pièce occupe l'espace.
En linguistique, un hapax est un mot qui n'apparaît qu'une seule fois dans toute l'histoire d'une langue. On ne peut ni le comparer ni le vérifier par récurrence. Ce n'est pas un mot rare, c'est un mot unique.
" Ce que je cherche, c'est que le propriétaire reconnaisse quelque chose dans la pièce avant de pouvoir l'expliquer."
Le processus commence par une conversation, ouverte, sans ordre du jour. Je ne suis ni thérapeute ni biographe, mais certaines choses qu'on dit, dans une conversation qui dure, ont une densité particulière : elles appellent une réponse qui n'est pas un mot mais une forme. Un questionnaire approfondi prend le relais, il explore ce qui a formé la personne, ce qui l'habite, ce qui l'a traversée. Certaines questions peuvent sembler inhabituelles. C'est intentionnel.
De cette écoute naît un travail de traduction, pas d'illustration. Une vie marquée par la rigueur et la rupture ne devient pas une pièce géométrique avec une fissure. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Elle peut devenir, parmi d'autres possibilités, une structure de précision absolue dont la surface porte quelque chose d'indéfinissable.
Ce que je cherche, c'est que le propriétaire reconnaisse quelque chose dans la pièce avant de pouvoir l'expliquer. Quelque chose dans les proportions, dans la matière, dans la façon dont elle occupe l'espace, qui correspond à quelque chose qu'il porte et qu'il n'aurait pas su formuler.


